Merci à Thomas Struth

La semaine dernière, Thomas Struth m’a fait l’honneur de commenter mon travail au Jeu de Paume. Je le remercie d’avoir préféré les photos qui sont aussi mes préférées, deux photos qui s’inscrivent fortement dans mon univers formel mais aussi deux photos qui sont ambiguës à lire avec la présence de silhouettes presque fantomatiques.

Je remercie aussi son allusion à Jacques Tati (Playtime est un de mes films favoris) ainsi que les bons mots qu’il a eu la gentillesse d’employer à l’égard de mon travail.

Pourtant je ne suis pas d’accord avec lui quand il a expliqué à l’occasion de la revue d’un autre portfolio, que l’on “ne peut pas” tout photographier de manière impromptue juste parce que cela pourrait faire une photo. Et en effet, ses photos à lui, se caractérisent d’abord par le fait qu’elles appartiennent à une série avant d’exister par elles-mêmes. Struth a très bien expliqué sa position : lui-même voit des milliers de photos à faire chaque jour mais pour lui une photo doit se faire de manière réfléchie, dans un cadre précis, il estime qu'un déclenchement exige un cadre conceptuel prémédité.

Doit-on pour autant rejeter tout un pan de la photographie fondé sur la pure réceptivité du regard, les William Eggleston et autres Vivian Maier ? Eggleston a précisément construit son œuvre dans ce refus absolu de préméditation — et, fait tout aussi remarquable, dans le refus d'intellectualiser a posteriori : il n’a jamais consenti à expliquer ses images.


J’avais tracé il y a quelque temps une cartographie pour situer ma propre pratique entre la spontanéité et la mise en scène, entre l'intime et le documentaire :

Evidemment, Martin Parr était plus spontané que Atget et August Sander documentait plus que diCorcia qui est plus subjectif que lui. Tous cohabitent.

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Last week, Thomas Struth did me the honor of reviewing my work at the Jeu de Paume. I am grateful to him for favoring the very images that are also my own favorites: two photographs strongly rooted in my formal language, yet ambiguous to read due to the presence of almost ghostly silhouettes.

I also appreciate his nod to Jacques Tati (Playtime is one of my favorite films), as well as the kind words he was generous enough to share about my work.

Yet, I disagree with him on a point he made during another portfolio review: that one “cannot” simply take pictures on impulse just because something might make a photograph. Indeed, his own images are defined primarily by belonging to a series before existing in their own right. Struth explained his stance very clearly: he himself sees thousands of potential photographs every day, but believes an image must be made deliberately, within a precise framework—arguing that releasing the shutter requires a premeditated conceptual ground.

Should we, then, dismiss an entire branch of photography built on the sheer receptivity of the gaze—the likes of William Eggleston and Vivian Maier? Eggleston built his entire body of work on this absolute refusal of premeditation, and, just as remarkably, on a refusal to intellectualize a posteriori: he never consented to explaining his photographs.

Some time ago, I drew a map to locate my own practice between spontaneity and staging, between the intimate and the documentary:

Evidently, Martin Parr was more spontaneous than Atget, and August Sander documented far more than diCorcia, who is more subjective. They all coexist.