L'Etranger de Luchino Visconti / by delphine queme

Je ne comprends pas.
Je ne comprends pas pourquoi on n’arrive plus, et ce depuis de très nombreuses années, à faire des films de ce calibre.
Il y a régulièrement de bons films sur les écrans, je ne veux pas dire que le cinéma est définitivement derrière nous. Encore récemment j’ai beaucoup aimé The Private Lives of Pippa Lee, je vais voir demain le nouveau Bruno Dumont qui sera sans doute très bien, j’ai parlé dans un post récent de mes favoris en 2009 : Un prophète bien sûr, mais aussi Tokyo Sonata ou encore Departures.
Tous ces films sont très bien … mais on n’arrive pas au début du commencement de la cheville de L’Etranger de Visconti. On est juste pas dans la même catégorie ! Même le film de Haneke qui a eu la palme à Cannes : une violence absolue dans un formalisme totalement épuré. La recette est intéressante. Mais bon ….

J’ai une tradition très personnelle : étant excessivement cinéphile et ce depuis l’âge de 11/12 ans environ, j’ai toujours fait en sorte de ne pas voir tous les films de mes maîtres absolus en cinéma de sorte à en avoir toujours un à voir de temps en temps tout au long de ma vie.
Ainsi quand la cinémathèque fait une rétrospective de Luchino Visconti quand je suis encore adolescente, je ne vais pas tout voir pour “en garder un peu”.
(à noter : cette règle ne marche que pour les très très grands : Visconti, Kubrick, Hitchcock, Renoir, etc …)
Et je fais bien. Car cela me permet de “découvrir” en 2009 L’Etranger de Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni et Anna Karina.

Visconti voulait replacer le livre d’Albert Camus dans un cadre historique et politique ce qu’il n’a pas été autorisé à faire et j’en suis contente car je trouve que les contigences politico-historiques auxquelles Visconti est attaché, en bon communiste mais aussi descendant d’une des très grandes familles de l’aristocratie italienne qu’il est, finalement réduisent toujours le propos philosophique de ses films (sauf bien sûr dans certains d’entre eux comme le Guépard où cela fait partie intégrante du scénario).

Le film met du temps à s’installer. La photographie n’est pas aussi époustouflante que dans d’autres Visconti (à part 2 ou 3 plans exceptionnels). La caméra bouge beaucoup, certains mouvements semblent même démodés. Quasi tout le film est post synchronisé, ce que j’ai toujours eu du mal à accepter dans un film, même chez les plus grands.
Ce film a beaucoup de défauts.


Mais quelle progression ! quel immersion ! et surtout quel propos ! d’une portée philosophique panoramique !!! Ce n’est pas une “petite” idée philosophique sur le sens de telle ou telle chose dans la vie. Non. C’est une vision de l’être humain qui regarde lucidement et simplement l’absurdité de la vie, qui ne peut donc ambitionner autre chose que ses plaisirs quotidiens (tenir une femme dans ses bras, s’étendre sur une plage au soleil, …). La société ne peut accepter cette insoumission et cette légèreté. Elle va presser cet individu jusqu’à la moëlle. Jusqu’à ce qu’il n’arrive presque plus à penser “droit”. Et le propos éclate dans les dernières minutes du film, comme un feu d’artifice.


Sur Visconti, un site que je consulte depuis des années :
http://emmanuel.denis.free.fr/visconti.html