/ by delphine queme

Grâce à la Fondation Henri Cartier-Bresson j’ai eu la chance d’une visite privée de l’exposition La photographie en 100 chefs-d’œuvre à la BNF (site François Mitterrand), au sein d’un groupe d’amateurs de photographie, avec un conférencier que j’ai trouvé exceptionnel tant par son érudition que par sa vivacité.

Les oeuvres choisies sont toutes très belles. Chacune mérite que l’on s’y attarde.

Ma préférée est Los Agachados (les courbés) de Manuel Alvarez Bravo. Des hommes de dos (toujours intéressant dans un portrait selon moi), dont on ne voit même pas la tête, qui semblent attachés à leurs tabourets, qui sont pourtant dans un café mais dont on sent qu’ils tentent furtivement d’échapper à la dureté de la vie qu’ils portent sur leurs épaules. Le cadre et la géométrie de la photo sont évidemment magnifiques.

Une remarque que le conférencier nous a faite d’entrée sur la photographie en général et que je trouve excessivement pertinente c’est que c’est le seul art que l’on peut faire sans avoir une démarche artistique (volontaire). Remarque, que j’avais également notée lors d’une conférence de Walter Guadagnini, historien de la photographie, à la Fondation HCB, qui soulignait lui aussi la multiplicité des intentions qui peuvent exister derrière une photo. En photographie on peut donc faire une oeuvre d’art sans avoir l’intention d’en faire une. Ce qui est finalement assez unique.  Cette vision me renvoit d’ailleurs avec une délectation sans cesse renouvelée, à ce texte majeur dont je cite la référence très fréquemment dans ce blog Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc où le philosophe allemand Eugen Herrigel nous explique que selon le zen, “viser” nous décale instantanément de la réalité d’un acte, voire de l’appréhension de la vie. (voir ici)

Pour revenir à l’exposition, je ne rentre pas dans la polémique des photographes majeurs non représentés (il y en a forcément beaucoup), car pour moi, tout le problème de cette exposition c’est son titre.

(bon allez je dis quand même ce que je pense : l’absence d’August Sander me semble totalement incompréhensible …).

Cette exposition aurait dû s’intituler quelque chose comme Cent ans de photographie, un choix de 100 clichés (par exemple).

Les photographies sont magnifiques. Je ne remets pas cela en cause. Mais si on dit présenter des chefs d’oeuvre, alors il faut présenter des chefs d’oeuvre.

Or un chef d’oeuvre n’est pas une photo “simplement” magnifique. C’est la catégorie encore au-dessus. Ce sont des images qui se détachent complètement des autres.

Il y a quelques jours j’étais à une visite guidée au Louvre sur les primitifs flamands. Dans la salle que nous visitions, il n’y avait évidemment que des toiles d’une qualité exceptionnelle (Van Eyck, Memling, Van der Weyden et j’en passe) mais il y avait malgré tout UN tableau qui surpassait allègrement tous les autres c’était La Vierge au chancelier Rollin de Jan Van Eyck. 

Tout cela pour dire que pour moi il y a une différence entre une oeuvre d’une qualité rare et ce que l’on appelle véritablement un chef d’oeuvre.

Alors il est vrai qu’il est plus facile d’être frappé par un chef d’oeuvre en peinture plutôt qu’en photographie mais quand même.

Reste que l’exposition est à voir.

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.100_chefs_doeuvre.html